Une posture de contact et de ressourcement

28 Juin, 2008 Publié par
Une posture de contact et de ressourcement
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Je vous livre cette posture que j’ai reçue lors de mon séjour à l’hôpital. Celle-ci s’est imposée à moi alors que je vivais des moments difficiles. Du fait de la maladie, de troubles intenses, d’angoisses, alors que nous en éprouvons le besoin, il est parfois difficile, voir impossible, de prier, de méditer ou de pratiquer. Pourtant, ce qui se présente comme un handicap peut aussi s’avérer être un aiguillon qui pousse à l’essentiel. Dans ces situations, où l’on connaît une soif intense, il n’est plus temps de tergiverser avec des méthodes compliquées, exotiques ou incertaines. C’était donc pour moi “le Moment” de “m’en remettre”. J’étais comme invité à faire face, à m’exposer sans artifice, à ÊTRE… simplement, ouvertement. M’asseyant au bord du lit, je me suis mis à l’écoute à la fois de mon corps et de mon cœur.

Dans le passé, j’ai eu l’occasion de pratiquer longuement la posture assise et la méditation qui sont enseignées dans le bouddhisme et le zen. La posture dont je parle peut sembler très similaire. Ce qui fait sa particularité n’est sans doute pas visible de prime abord. L’un des points importants réside dans la manière de l’aborder, mais aussi de trouver par l’équilibre un réel appui afin de tout “lâcher”. Celle-ci n’est pas un entraînement, un exercice ou une technique. C’est principalement une attitude, une manière de se poser afin de rétablir le “contact” à l’Être et de se ressourcer.
Le but n’est pas de tenir longtemps, de développer plus d’assise. Cette posture agit en nous révélant son universalité, indépendamment des formes, des archétypes. En fait, c’est une “posture” qui conduit à s’affranchir de toute posture. Permettant de contacter notre nature, elle nous remet en marche. Elle nous accompagne, nous encourage, nous pousse à la découvrir par-delà nos limitations, se révélant comme notre point d’appui au cœur de toute situation.

Adopter cette posture apporte un sentiment de sécurité et ainsi permet l’apaisement. Elle donne cette sensation de “flotter” gentiment à la “surface”, tenu dans l’instant, comme porté par le vivant. Le corps trouve son équilibre. Le souffle et l’énergie se régulent et circulent librement. J’ai constaté à chaque fois, un soulagement, un apport, que ce soit dans les cas d’angoisses, de stress, de fatigue, de douleur. Il y a aussi un grand bienfait à l’adopter lorsque tout va bien et qu’il n’y a pas problème particulier.
Contrairement aux postures traditionnelles, il n’y a pas d’accent particulier sur le maintien, la concentration, la focalisation. Ce qui compte, c’est le point d’équilibre et l’aise que cela entraîne. C’est à la posture de vous stabiliser et non l’inverse. Facilement, avec un peu d’expérience, elle nous met en contemplation. Parfois, après seulement quelques minutes, ayant rétabli le contact, nous sommes déjà prêts à reprendre notre activité.
La sensation d’avoir établi le contact est un signe important. On peut dire à ce moment-là que “ça colle”, que “c’est gagné”. Comme ça arrive parfois dans rencontre avec une personne inconnue. Il y a un point d’entente et d’amitié qui est réciproquement reconnu. Dès lors, rasséréné, nous savons que cette relation va bien se passer.
À présent, nous sommes libres de rester assis ou de nous lever. Si nous choisissons de demeurer assis, cette sensation « d’accord » va s’approfondir. Elle va devenir nourrissante. Ce qui s’élève en nous ne peut plus nous déranger. Les pensées, les émotions ne sont plus perçues comme un problème. Tout cela est vu comme une danse, un simple jeu.

L’assise
Prenez place sur un siège bas (40 cm env.) ou asseyez-vous sur le rebord de votre lit.
Vous devez être au bord du siège, sans prendre aucun appui contre un dossier.
Le corps est droit, sans être raide. Les jambes repliées. Les genoux naturellement écartés. Les talons sont joints dans l’alignement de l’axe central du corps. Les pieds sont ouverts, les talons décollés du sol. Les mains sont posées sur les genoux ou bien placées contre le bas du ventre, doigts croisés. Les bras détendus. Le cou est droit, mais la tête est très légèrement basculée en avant. Les yeux sont ouverts, le regard vers le sol avec un angle de 45°.
Les yeux peuvent être également fermés. La bouche est fermée, mais vous pouvez l’entrouvrir si vous préférez.
Lorsque vous êtes assis, vous devez vous sentir à l’aise. C’est à vous d’ajuster les indications que je donne selon votre morphologie et la hauteur de votre siège.

L’équilibre
L’intérêt qu’il y a d’avoir le fessier placé vers l’avant de votre chaise, c’est qu’il va servir de point d’appui afin que le buste trouve son équilibre. Tout doucement, bougez le buste en avant, en arrière, puis sur les côtés. Dodelinez juste le temps de vous “caler”. Soyez à l’écoute, votre corps sait. Naturellement il va trouver son alignement, son propre maintien.
Ce point est crucial au début, aussi, à l’instant même où l’équilibre se rétablira, un premier soulagement surviendra dans votre Être. Ainsi, appréciez comment le corps tient seul, sans plus d’effort… Vous ne tenez pas la posture, mais c’est la posture qui vous tient. Essayez de sortir de cet équilibre. Penchez-vous légèrement puis laissez le corps revenir dans son assiette, dans sa verticalité, comme une coquille ou comme un flotteur qui se stabilise après quelques ballottements sur l’eau.

Le souffle
L’équilibre permet “d’atterrir”, “d’arriver”, le souffle rafraîchi et nourri en profondeur.
Utilisez l’alternance de la respiration afin de soulager votre “fardeau”. Offrez-vous un répit. Permettez à la “pression” de s’évacuer à travers un soupir. Expirez… ainsi votre diaphragme va se détendre. Le souffle va descendre en vous. Laissez-vous respirer… Le rythme s’adoucit. Naturellement, les temps d’expiration s’allongent. À ce stade vous devriez ressentir confort et bien-être. Vous devriez vous sentir en paix…

Pour résumer, il s’agit de s’asseoir tranquillement dans l’équilibre du corps, en amitié avec soi-même.
Il s’agit de se sentir vacant, disponible, libre et dans l’écoute…
C’est comme un sourire, une douceur qui nous place dans notre point d’amour.
Il y a tellement d’amour en notre cœur qui attend d’être accueilli et de rejaillir.
Pensez au bonheur d’aimer et à celui d’être aimé…
Goûtez cette saveur… Goûtez cette bonté…

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4 Commentaires

  1. Gérard dit :

    Bonjour,
    Je viens de découvrir votre site et je vous remercie pour ce partage de votre vécu qui nous invite à « voir » MAINTENANT…
    De nombreux sujets m’interpellent,mais puisque je suis sur cet article concernant la posture, je vous soumets ma question sur ce sujet:
    J’ai du mal à voir la différence entre ce qui vous décrivez et la posture de shikantaza (s’assoir seulement) du zen.
    Est-ce que vous accepteriez d’apporter quelque(s) précision(s) en faisant une sorte de comparatif ou en pointant le doigt sur les différences entre les deux.
    En vous remerciant du fond du coeur pour votre réponse…

    Gérard

  2. Denis dit :

    Bonjour Gérard,

    Fondamentalement, dans le zen, on prend la posture, alors que dans le cas que j’explique, c’est la posture qui nous prend. Lorsque je l’ai découverte, je n’étais pas en recherche d’une “posture”. J’étais affaibli par la maladie et perturbé par des émotions, comme l’angoisse et la peur. J’étais un peu comme un animal blessé qui tourne sur lui-même et qui finit par se caler en boule dans un coin. Mon but n’était pas de “pratiquer”, mais de me sentir mieux et de me rasséréner. Je me suis mis à écouter mon corps et prenant appui sur le bord du lit, la posture s’est mise en place naturellement. C’est le bien-être qu’elle m’a apporté qui fait que je l’ai remarquée et que je l’ai retenue. Pour commencer, il n’y a donc pas l’idée de méditer, ni de rechercher l’éveil, mais simplement la soif de trouver un apaisement dans le corps et dans l’esprit. Lorsque l’on regarde la posture de “zazen”, elle réclame une certaine santé et une force dans le corps. C’est une posture avec un maintien très précis et dans laquelle on doit demeurer durant de longues sessions.
    Je ne pense pas qu’il soit judicieux d’établir une sorte de comparatif étant donné qu’elles ne sont pas fondées sur les mêmes bases, ni avec la même motivation.
    Cette posture que j’ai appelée de “contact et de ressourcement” est, avant tout, vide d’intention. C’est presque la posture d’un condamné. Ou du moins, celle de quelqu’un qui n’a pas de projets, qui n’a plus beaucoup d’illusion devant lui pour rêver et espérer des développements. À travers l’équilibre du corps, nous pouvons trouver un point de libération. Un point de grâce dans lequel notre corps tient sans aucun effort. Nous sommes comme “suspendus” et nous expérimentons ce “dégagement” dans l’entièreté de notre être. L’esprit s’apaise et se clarifie. C’est comme se blottir contre le corps chaud et rassurant de sa mère lorsque l’on est enfant. Il y a la douceur du giron. On s’immerge dans une sensation aimante, où il n’y a pas d’enjeux, ni de concentration, ni d’observation des pensées. Prédomine cette saveur de l’amour qui unit, comme lorsque l’on reçoit un baiser sincère. Un seul baiser suffit à nous réconforter et à nous imprégner. Aussi, raffermis, nous pouvons repartir, et vaquer à nos occupations. Le but n’est pas de tenir la posture, mais au contraire de découvrir que l’équilibre et l’ouverture qu’elle nous révèle est partout. 

  3. Gérard dit :

    Bonjour Denis,

    Je vous remercie pour votre réponse très approfondie.
    A la lumière de vos indications je vais, en quelque sorte, me « brancher » sur le ressourcement, et je vous tiendrai « au courant »…
    Merci encore…

  4. Cécile dit :

    Bonjour Denis,
    Merci pour cette posture. J’ai essayé ce matin. Après quelques minutes d’immobilité, j’ai ressenti un grand bien-être, une sorte de « vague immobile intérieure ». J’avais l’impression que le calme montait du corps pour envahir l’esprit, et non l’inverse, et c’était très bienfaisant. Voilà un changement radical de perspective ! Encore merci à vous.

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